Instruire un enfant à haut potentiel


Cet article est la suite des deux autres billets sur le haut potentiel
Drôle de zèbre : identifier un haut potentiel
Accompagner un enfant ou un adolescent à haut potentiel au quotidien

Le zébrillon a hâte d'apprendre, il est avide de découvertes et lorsqu'il va à l'école, il est souvent enthousiaste à l'idée d'apprendre plus.
Certains enfants à haut potentiel apprennent sans école. Cet article vous invite à évoquer l'instruction des zébrillons quel que soit le choix des familles. 

Au sommaire 
Ecole et haut potentiel 
Haut potentiel et difficultés d'apprentissage
Haut potentiel et instruction en famille
Quelques propositions en milieu scolaire qui pourraient s'appliquer à tous
S'adapter à l'enfant et adolescent zébré

 Ecole et haut potentiel

Lorsque l'enfant à haut potentiel est scolarisé, il est régulièrement ravi de commencer l'école car il pense apprendre beaucoup de choses, il a souvent hâte d'apprendre à lire.
Certains d'entre eux n'ont pourtant aucune envie d'aller dans ce lieu scolaire et un bon nombre vit rapidement une désillusion tel qu'on peut le lire dans le journal des femmes (lien).

Pourtant, certains aiment l'école. Ils y obtiennent de bons ou très bons résultats.

Un saut de classe (parfois plusieurs) est régulièrement proposé.
Le saut de classe permettrait:
  • d'éviter l'ennui, 
  • de développer le sens de l'effort 
  • et de s'adapter à la rapidité d'apprentissage de l'enfant zébré.
Des hésitations ou refus sont présentés lorsque l'enfant rencontre des difficultés avec l'écriture ou s'il est jugé manquant de maturité. La maturité est pourtant relative car le zébrillon gère souvent difficilement ses émotions, ça ne signifie pas qu'il est immature, incapable de s'investir dans ses apprentissages pour autant. Il peut être très mûr intellectuellement et être en difficulté affectivement, il semble donc dommage de se baser uniquement sur cette maturité émotionnelle. Il semble plus pertinent de s'interroger s'il y a difficultés d'apprentissage associées.
L'étude réalisée en 2015 par Nadine Hielle-Kirchgessner (lien) indique qu'un CP anticipé n'a pas d'influence sur les résultats au bac d'un jeune APIE (Atypique Personne dans l'Intelligence et l'Emotion). Ce passage anticipé n'aurait donc qu'une influence relative sur le "sens de l'effort". Le sentiment de réussite scolaire est cependant plus fort, la scolarité est perçue comme plus facile (57% contre 40%) et il y a plus de diplômes bac +5 chez ceux qui ont vécu un CP anticipé.
Un saut de classe apparait donc comme très utile pour un bon nombre d'enfants à haut potentiel.

Haut potentiel et difficultés d'apprentissage

Les associations évoquent 30 % des enfants à haut potentiel en échec scolaire et un tiers d'entre eux n'obtiendraient pas le bac (ces résultats se basent cependant sur une étude réalisée en 1921 par Terman, mais aucune étude de même ampleur n'a été menée depuis). Selon F. Gagné, aujourd'hui seuls 10% des zèbres seraient en échec scolaire.

Sur adulte surdoué, un article nous invite à réfléchir aux difficultés d'apprentissage : Surdoués et difficultés d'apprentissage sur Adultes surdoués par Nadia Webb et Antara Dietrich.
En effet il n'est pas toujours évident d'identifier les enfants à Haut potentiel en difficultés d'apprentissage. Ainsi certains zèbres dotés d'une mémoire exceptionnelle parviennent à duper les enseignants et à laisser croire qu'ils savent lire alors qu'ils récitent ce qu'ils ont entendu. D'autres compensent jusqu'au moment où ils n'y parviennent plus.

Trop souvent on propose à ces enfants un niveau d'apprentissage plus faible, or ce sont des enfants qui continuent d'avoir besoin de nourriture intellectuelle, le risque de décrochage est alors accru. Comme évoqué notamment dans Mémoire d'éléphant- Mémoriser avec un trouble dys, un TDA ou pas, un enfant souffrant de dys a besoin d'apprendre et mémoriser en tenant compte de son profil, mais tenir compte de son profil implique également de tenir compte du haut potentiel.

Pour d'autres encore, on évoque parfois trop vite un TDA alors qu'ils sont parfois simplement dans une classe pas assez stimulante pour eux.  Ils ne parviennent alors pas à se concentrer, faute d'intérêt.

Enfin certains se reposent sur leur potentiel, repoussent le moment d'étudier, écoutent d'une oreille et s'agitent. Ils n'ont pas envie d'être là et si parfois ils parviennent malgré tout à avoir de bons résultats, il est fréquent que le fait de ne pas s'investir se retourne contre eux et qu'ils se trouvent démunis au collège ou au lycée, faute d'avoir appris à s'investir dans leurs apprentissages.

Haut potentiel et instruction en famille

Et pourtant, ces enfants à profil complexe apprennent régulièrement avec bonheur lorsqu'ils peuvent apprendre à leur rythme et en respectant leurs particularités, ce n'est pas un hasard si tant d'enfants et ados à profil complexe se tournent vers l'instruction en famille... Les adaptations seront utiles, parfois des aménagements au moment des examens, mais la confiance en soi est préservée et le bonheur d'apprendre, maintenu. Il ne s'agit pas de déscolariser chaque enfant zébré à profil complexe, c'est une décision personnelle et non universelle, mais au moins d'observer les pratiques mises en place.
Différentes familles partagent leurs pratiques, c'est notamment le cas de mon blog Apprendre avec bonheur où je partage d'ailleurs ici un article sur le sujet. D'autre part, j'ai écrit plusieurs livres sur l'instruction à domicile.

Quelques propositions en milieu scolaire qui pourraient s'appliquer à tous


Sur Eduscol on peut découvrir des ressources pour les enfants et adolescents à haut potentiel.
Pour ma part, je trouve dommage d'évoquer certaines d'entre elles uniquement pour les enfants zébrés car ces particularités peuvent concerner d'autres enfants, il s'agit notamment de :
  • Optimiser la socialisation, prêter attention au fait que le zébrillon ne devienne pas un souffre-douleur. Valable pour tout enfant timide, avec un défaut physique, une difficulté d'apprentissage, etc.
  • Proposer une tâche où l'élève va jouer un rôle dans le groupe (défi, challenge, etc.): valable pour chaque enfant. Si un certain nombre de zèbres peinent à trouver leur place dans le groupe, ils ne sont pas les seuls. Ce qui compte finalement dans ces termes, c'est la notion de groupe et de place pour tous.
  • Travailler la méthodologie : apprendre à faire son cartable, reformuler la consigne, développer la stratégie de mémorisation, apprendre à formuler et rédiger les réponses. Valable pour beaucoup d'enfants.
  • Apprendre à apprendre : valable pour beaucoup d'enfants.
  • Réaliser des productions novatrices: pièce de théâtre, travaux manuels, vidéos, exposés. Quel enfant n'aime pas utiliser un outil différent, novateur? Les exposés n'intéresseront toutefois pas tous les enfants et c'est d'ailleurs également valable pour les zèbres.
  • Adapter le rythme d'apprentissage et les méthodes : valable pour tous les enfants, chaque enfant devrait pouvoir apprendre à son rythme, qu'il s'agisse de ralentir parfois momentanément ou d'accélérer.  
  • Sport, culture et art peuvent favoriser la curiosité intellectuelle et relier le corps à la réalité. Certes tous les enfants n'ont pas tendance à être plus dans leur tête que dans leur corps, c'est donc particulièrement important pour les enfants à haut potentiel.
  • Mettre à sa disposition des ressources. Les enfants zébrés ne sont pas les seuls à être curieux et un enfant dont on encourage la curiosité peut souhaiter disposer de ressources.
  • Utiliser l'outil numérique pour que ce soit plus ludique. Excusez-moi, mais j'ai bondi sur ma chaise en me disant que toutes ces bonnes idées étaient formidables, mais en me demandant pourquoi tous les autres enfants (ceux qui ne seraient pas zébrés) n'y auraient pas droit. 

 S'adapter à l'enfant et adolescent zébré


Des particularités plus spécifiquement tournés vers les zèbres
  • Prendre conscience que l'enfant peut mal écrire parce que sa pensée va plus vite que sa main, il a donc besoin d'apprendre à l'apprivoiser et ne pas se laisser décourager.
  • Enrichir et approfondir le contenu en proposant plus d'informations, en allant au-delà. Mon expérience m'a appris qu'un enfant intéressé par ce qu'il découvre souhaite souvent enrichir et en approfondir le contenu, qu'il soit zébré ou pas.
  • Lui proposer des activités en autonomie. Oserai-je le dire... Là encore ce sera valable pour un enfant sans école non zébré. En classe, l'enfant non zébré n'aura généralement pas le temps de s'y lancer. Ces activités sont indispensables pour le zèbre qui a terminé son travail car sinon ses pensées risquent de l'emporter dans son monde imaginaire ou dans des questions existentielles.
  • Pour les mêmes raisons, il est important qu'il puisse réaliser des travaux plus complexes, de limiter les exercices répétitifs, de limiter le temps passé aux exercices d'application. Sans cela, l'enfant risque de s'ennuyer et malheureusement, l'angoisse, la dépression guette certains enfants dont le cerveau tourne alors "en roue libre". L'enfant et l'adolescent à haut potentiel ont besoin de nourriture intellectuelle. 
  • De la même manière certains ont besoin de faire plusieurs choses en même temps.  
  • Dans un document Eduscol, il est également évoqué le besoin de donner un sens à l'orthographe des mots en rapprochant des mots de même famille (journal/journaliste par exemple). Cette idée est évoquée en même temps que les jeux d'homonymie et correspond donc visiblement au plaisir de jouer avec les mots que ressentent nombre de jeunes APIEs. Cependant, en tant qu'enseignante, je pense que le sens des mots donnés en rapprochant les mots de même famille est utile pour tous les enfants afin de bien comprendre comment ils s'écrivent. 
  • Il convient également d'être attentif aux mots employés. Une consigne précise et claire est indispensable pour chaque enfant. Mais le choix des mots précis est particulièrement vrai pour un zèbre. Ainsi, par exemple, si on demande si tous les véhicules peuvent passer et que la réponse est oui, sauf les tracteurs, mais que les tracteurs sont exclus implicitement, le zèbre peut considérer les véhicules dans leur intégralité, réfléchir à la formulation incorrecte, se demander ce qu'il faut en penser et se tromper. De la même façon il pourra se raconter une histoire et chercher des détails là où d'autres n'y penseraient même pas (par exemple est-ce qu'on parle toujours du même magasin pour deux problèmes d'argent). Des détails me direz-vous, ce n'est pas le cas pour des enfants qui aiment la précision... 
  • Ajout que je ne me souviens pas d'avoir vu dans ces documents qu'un zèbre a besoin de savoir où il va. A l'école les notions sont souvent tronquées, présentées l'une après l'autre, répétées et encore répétées. Or le zèbre a besoin de savoir où il va. Il aurait donc besoin d'avoir une vision d'ensemble afin de pouvoir mieux entrer dans le particulier. Il a besoin de comprendre l'intérêt de ce qu'il fait.

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Commentaires

gaelle menard a dit…
Bonjour, bravo pour cet article qui reprend tous les essentiels. Et oui, je vous le confirme : ces dispositions profitent à tous. J'ai enseigne 8 ans dans des classes spécialisées pour surdoués, j'ai donc créé une pédagogie adaptée. Puis j'enseigne désormais dans une école alternative avec une classe hétérogène (la moitié d'eip et des enfants dys ou avec particularités diverses ) et ma pédagogie profite à tous. Les autres progressent aussi à leur rythme et investissent l'école. J'ai créé un blog: zebrailes.éklablog.
Bonjour Gaëlle,
Merci pour ce retour. Nous allons découvrir votre blog avec intérêt!
Bonne soirée!

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