Drôle de zèbre, identifier un haut potentiel

Zèbre (terme choisi par Jeanne Siaud-Facchin), précoce, doué, surdoué, à haut potentiel, apie (voir livre de Jean-François LAURENT présenté hier), bien des noms fleurissent pour une même réalité. Certains différencient enfant précoce et enfant à haut potentiel, certains choisissent également de préciser "à très haut potentiel" lorsque les chiffres deviennent plus importants encore. Je ne distinguerai pas les uns des autres, je préciserai cependant quelques points. En effet, tout au long de ces années, j'ai pu m'apercevoir que les nuances ne se trouvent pas toujours là où on croit. Je suis même convaincue qu'il y a énormément à découvrir et que de nouveaux termes pourraient encore fleurir dans les prochaines années, à commencer par des profils intermédiaires qui aujourd'hui sont parfois sans nom, tandis que pour d'autres, par exemple, on évoque également une composante Asperger. 
 
Cet article sera un peu long, les informations partagées ont été choisies avec soin.

Au sommaire

  • Présentation du haut potentiel 
  • Comment identifier le haut potentiel : par des tests de QI; des tests insuffisants; quelques repères d'âge; des traits communs entre les zèbres?
  • Des associations


Présentation du haut potentiel


Pour ma part, je n'utilise pas le terme "précoce". Celui-ci signifierait qu'il y a une avance à un moment M et que cette avance peut être inexistante ensuite. Ce n'est pas le cas, on garde cette particularité toute sa vie.
Lorsqu'on est à "haut potentiel/zébré/apie", on n'est pas "en avance" même si le saut de classe est souvent utile et si certaines compétences sont acquises plus tôt. Il est de plus possible d'avoir un haut potentiel et de souffrir de dys.

Le terme de "doué" supposerait que des dons sont manifestes et ce n'est pas toujours le cas. De plus, j'estime, quant à moi, que quel que soit le QI de chacun, quel que soit le potentiel, le fonctionnement cérébral, nous avons TOUS des DONS. Ils ne sont simplement pas toujours ceux auxquels on prête attention.

Le choix de "haut potentiel" est à peine mieux puisqu'il laisse entendre qu'à un moment donné les capacités seront plus qu'évidentes, les attentes peuvent être grandes et ce n'est pas pour rien s'il y a un tel engouement aujourd'hui pour le haut potentiel... Etre à haut potentiel, avoir un enfant à haut potentiel, ça a un côté valorisant, "supérieur"... Pourtant de supériorité, il ne saurait être question...

Pour ma part, le terme que je préfère est celui de Jean-François LAURENT, APIE, parce qu'il est joli, musical, positif et parce qu'il rend parfaitement compte de la réalité d'un zèbre : atypique dans l'intelligence et l'émotion. Voilà, aucune attente, aucun caractère extraordinaire, simplement une différence.

Comment identifier le haut potentiel?

 

 Par des tests de QI


Sur la grande majorité des groupes zèbres, on explique que le seul moyen de savoir est de pratiquer un test de QI (Quotien Intellectuel).
  • Descriptif du WPPSI pour les enfants âgés de 2 ans 1/2 à 7 ans 3 mois.  Lien.
  • Descriptif d'un test WISC pour les enfants et adolescents ici. Un livre, WISC IV d'Eric Turon-Lagot, propose d'en savoir plus sur ce test (lien)
Fichier PDF pour en savoir plus et découvrir quelques items.
Un pré-test est disponible sur Enfants précoces.
Petite précision pour les enfants sans école suite à une remarque faite en privé: pensez à le préciser car il se base aussi sur les acquis scolaires, ce qui ne sera pas forcément le cas d'un enfant non scolarisé qui pourrait avoir d'autres compétences.
  • Descriptif d'un test WAIS pour les plus grands là.
Un magnifique texte d'Arielle ADDA ici, il est intitulé "Que sont les enfants doués devenus?", il n'est toutefois pas évident à lire lorsqu'on est zébré(e) et que la non prise en compte de cette différence nous a posé souci. Mais n'oublions pas la conclusion de l'auteure "Rêvez, rêvez encore, et des chemins nouveaux s'ouvriront devant vous !"


Des tests insuffisants


Pourtant, ces tests sont remis en question, plus fréquemment encore l'utilisation unique de ces tests.

Ainsi certains expliquent qu'on peut être très performant, avoir un QI de 130 et ne pas être à haut potentiel... Cela dépendrait en partie des stimulations intellectuelles vécues, du milieu dans lequel on est né, etc.

De plus, il n'est pas possible de retenter les tests aussitôt après un échec. Une très mauvaise estime de soi, un virus au moment des tests, une grande fatigue ne seront pas sans influence, au risque d'une conclusion erronée... 

Les plus pénalisés par ces tests sont ceux qui souffrent de difficultés d'apprentissage, notamment dys ou TDA. En effet, ceux-ci peuvent éprouver des difficultés à se concentrer, à se repérer, etc. Dans ce cas, on parle de profil hétérogène ou complexe pour les enfants zébrés.
Un zèbre sans difficulté est dit à profil homogène ou laminaire.
Un article sur Science et Avenir à ce sujet.
Le site enfant précoce évoque, quant à lui, 6 profils.  

Puisque le cerveau fonctionne autrement, une analyse cérébrale serait donc nécessaire dans l'absolu (électroencéphalographie et IRM notamment).
Cependant, un bon professionnel parvient normalement à identifier un Apie. Les tests de QI sont seulement une partie de ses outils, il tient également compte de l'anamnèse et de questions, tests complémentaires.

Quelques repères d'âge

  • 2 à 3 mois : Sourire réponse
  • 3 à 6 mois : Gazouillis
  • 8 mois : Tient assis seul(e)
  • 9 mois : Répète une syllabe (mama, baba, papa, etc.) 
  • 12 à 18 mois : Apparition du langage
  • 14 mois : Marche autonome
  • 24 mois : Course. Tour de 4/6 cubes. Association de deux mots.
  • 3 ans : Attrape un ballon avec les deux mains. Pont de 3 cubes. Puzzle de 4 morceaux
  • 3 ans 1/2 : Tour de 10 cubes. Le langage devient riche.
  • 4 ans : Puzzle de 10 pièces. Couleurs connues.
Ces indications sont des moyennes informatives.
Davantage de repères sur le site de la faculté de médecine Pierre et Marie Curie.

Des points communs entre zèbres ? 


Certains ouvrages, sites ou articles sont très valorisants, d'autres sont au contraire alarmants et, à cause de cela, il n'est pas rare de voir des parents catastrophés suite à la découverte du haut potentiel de leur enfant. Ce n'est cependant pas une catastrophe et le prochain billet vous donnera quelques pistes pour vous rassurer. De la même façon, les APIEs ne sont pas plus exceptionnels que les autres, certains sont même parfois très injustes ou tyranniques, c'est en partie une question de caractère.
Un fonctionnement cérébral différent n'explique/n'excuse pas tout, y compris les soucis de comportement. On peut ainsi être bagarreur et non zébré, tous les zèbres ne sont pas bagarreurs. Se battre est plus fréquemment lié à un problème d'exemple (en famille ou à l'école) et/ou à une difficulté à exprimer ce qui ne va pas. On trouve donc une proportion égale entre enfants bagarreurs zébrés et non zébrés mis en parallèle avec les non bagarreurs.

Pourtant on retrouve des soucis fréquents chez les APIE, j'y reviendrai demain.
Voici d'ores et déjà quelques particularités qui tendent à être présentes:
  • Langage : Certains parlent très tôt, d'autres non. Un certain nombre apprécient les jeux de mots.
  • Curiosité insatiable. La majorité des petits enfants sont curieux. Tous passent par un "cap des pourquoi" autour de 3 ans. L'enfant zébré accumule les questions, sa curiosité ne se réduit pas à ce cap particulier. Généralement le cap des pourquoi a lieu avant 3 ans. L'enfant enchaine alors les pourquoi avec une certaine logique, par exemple il ne passe pas des nuages à la voiture sans vraiment attendre de réponse, il s'interroge sur les nuages et si on lui répond que ceux-ci sont porteurs de pluie, il cherche à connaître l'utilité de la pluie, etc.
  • Compréhension rapide: en règle générale une à deux explications suffit/suffisent.
  • Grande mémoire (à nuancer pour les enfants avec difficultés d'apprentissage)
  • Lecture précoce. A nuancer pour les dyslexiques même si l'intérêt pour les livres est généralement présent très tôt (manipulation alors que l'enfant est encore un bébé).
  • L'hyper sensibilité : Il est très vite touché, blessé et un ou plusieurs de ses sens sont très développés. Par conséquent, par exemple, il peut supporter difficilement le bruit. 
  • La gestion des émotions : Un zèbre éprouve généralement des difficultés à gérer ses émotions, surtout lorsqu'il est jeune. Il peut ainsi être susceptible et/ou émotif. Tous les enfants zébrés ne se sentent pas toujours concernés par l'injustice avec un grand I. En revanche, ils sont généralement très affectés par les injustices dont ils sont victimes ou dont ils pensent être victimes. 
  • La demi-mesure? Où ça la demi-mesure?  Très souvent l'APIE n'est pas dans la demi-mesure. C'est encore plus vrai à l'adolescence. Les sentiments sont passionnels, extrêmes. Les comportements le sont fréquemment aussi. En outre, ils ont tendance à être perfectionnistes ou au contraire, à "faire le minimum syndical".
  • Les questions existentielles : Souvent il se demande pourquoi il existe, ce qu'il fait sur Terre, pourquoi la Terre va mal, pourquoi il y a tant de choses négatives qui se produisent. Ce sont des enfants qui s'interrogent souvent tôt sur l'existence d'un Dieu et ce qui se produit après la mort (dès 2 ou 3 ans pour certains). 
  • Les troubles du sommeil : A cause de ces questionnements, l'enfant souffre souvent de troubles du sommeil. Cauchemars, bruxisme et somnambulisme ne sont pas rares.
  • L'esprit critique : L'enfant zébré cherche, il a besoin de comprendre. Il a besoin de trouver du sens à ce qu'il fait et si l'adulte a tort, il est fréquent qu'il le reprenne. Il a souvent besoin d'entendre et utiliser le mot juste.
  • Les centres d'intérêt : On a coutume d'évoquer l'intérêt des enfants APIE pour les dinosaures. Or quasiment tous les enfants s'intéressent aux dinosaures. La particularité du petit zèbre, c'est de s'y intéresser très tôt et souvent très durablement. De la même façon, il n'est pas rare qu'il s'intéresse à des civilisations anciennes, toujours à cause de cette quête de sens. De plus, fréquemment il se passionne pour tel ou tel sujet et il a besoin de l'explorer. 
  • Le décalage avec les autres : Fréquemment il éprouve des difficultés à trouver sa place auprès des enfants du même âge que lui. Ses centres d'intérêt peuvent être différents. Certains parviennent toutefois parfaitement à se glisser dans un groupe, ce sont de véritables caméléons.
  • Une vie intérieure riche : On cite régulièrement le désintérêt, la non écoute de l'enfant ou adolescent zébré lorsque le sujet ne le passionne pas. Pourtant si on regarde avec attention tous les enfants, on s'aperçoit que ce n'est finalement pas une particularité. En revanche, la vie de l'enfant zébré est souvent particulièrement riche ainsi il peut se réfugier dans celle-ci et ne pas chercher à se mêler aux autres ou bien totalement perdre pied pendant un apprentissage car il serait accaparé par sa vie intérieure (mieux se comprendre lui-même ou monde imaginaire). 
  • La pensée en arborescence : Généralement l'APIE a une pensée en arborescence, c'est-à-dire qu'il est capable de jongler d'une idée à l'autre et qu'une idée est comme un tiroir duquel s'échapperait en même temps de nombreuses informations. Certains excellent à retrouver l'information pertinente au bon moment quand d'autres s'égarent dans ces informations. Ils doivent alors apprendre à "poser leur cerveau".

Des associations pour les personnes avec un haut potentiel

  • AFEP : Association Française pour les Enfants Précoces
  • ANPEIP : Association Nationale Pour les Enfants Intellectuellement Précoces 
  • MENSA

 

  Après réflexion et étant donné la longueur de cet article et les informations à partager dans la partie "Accompagner un enfant et un adolescent à haut potentiel", je vous proposerai un autre billet demain.

Retrouvez ici les autres billets sur ce thème.

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